Elle a découvert le skate presque par hasard: «J’y suis entrée un peu en tant que petite sœur. Mon grand frère Fin m’a emmenée au skatepark quand j’avais six ans. Au début, je regardais seulement. Puis, à un moment, j’ai voulu prouver ce dont j’étais capable.»
Elle commence réellement trois ans plus tard: «À neuf ans, j’ai créé une petite crew avec d’autres filles et on a commencé à tenter nos propres figures. J’ai tout de suite accroché et au final, je suis la seule du groupe à avoir continué.»
Depuis, le skateboard fait partie intégrante de son quotidien. «Ça me paraît vraiment bizarre, comme s’il manquait quelque chose, quand je n’ai pas ma planche avec moi.» Passer le plus de temps possible sur sa board est l’un des secrets de sa réussite: «On devient vraiment bon quand la planche finit par faire partie de soi, presque comme si elle était greffée à ses pieds.»
En tant que femme, Liv reste une exception dans le milieu, mais elle n’y voit pas un problème: «La communauté du skate est très ouverte. Dans mon groupe d’entraînement, je suis la seule fille et personne ne s’en soucie. Ce qui compte vraiment, c’est ce que tu montres sur le spot et ta créativité. On n’a même pas besoin de parler pour se comprendre.»
Déjà pendant sa scolarité, elle a fait du skate sa priorité: «Je suis très ambitieuse. À un moment, je ne voulais plus seulement skater un peu à côté de l’école. J’ai donc quitté l’école de sport pour intégrer un gymnase sport-études, où l’on peut concilier formation et sport de haut niveau. À quatorze ans, je suis devenue championne de Suisse.»
Elle admet cependant avoir du mal avec la défaite: «Je suis une très mauvaise perdante. Mais mon objectif n’est pas forcément la première place: je veux être satisfaite de moi-même. Si je n’ai pas donné le meilleur de moi-même, ça m’énerve mais je m’en veux surtout à moi.»
Malgré son jeune âge, Liv a déjà connu une blessure sérieuse: «En 2022, lors d’un contest à Paris, je me suis déchiré les ligaments croisés. J’ai ignoré la douleur pendant trois mois, jusqu’à ce que mon corps dise stop. Quand ça fait mal, il faut prendre ça au sérieux. C’était aussi la première fois que je passais de 100 à 0 du jour au lendemain. Physiquement, je m’en suis bien remise, mais le plus dur a été de retrouver confiance en moi.»
Malgré cette expérience, elle ne porte plus de casque: «Depuis mes 18 ans l’année dernière, je ne suis plus obligée d’en porter. Et puis, le casque n’aide pas vraiment pour la street cred.» Les chutes font partie du sport: «On apprend le skateboard en apprenant à tomber et à se relever.»
Son quotidien ne correspond pas forcément à l’image classique d’une sportive d’élite: «Je suis tous les jours au skatepark ou en hall freestyle, avant et après l’école. Je ne fais du renforcement musculaire qu’une ou deux fois par mois. Et je ne mange pas particulièrement sainement. J’adore le chocolat aux noisettes», confie-t-elle en souriant.
Sportivement, pourtant, les résultats suivent: elle occupe actuellement la 22e place au classement mondial. Mais elle relativise: «Ce classement ne reflète pas tout, car tous les résultats ne sont pas pris en compte. La plupart du temps, quand je skate, je ne performe pas devant des juges. Donc ça ne veut pas tout dire.»
Après son diplôme, Liv souhaite se consacrer pleinement au sport. La suite reste ouverte: «Peut-être l’université, peut-être devenir enseignante.»
Mais une chose est claire: «Le skate, c’est mon lifestyle, ma vie. Mon plus grand objectif, c’est de pouvoir en vivre un jour.»